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Cinéma

 




Aviator

Star**-- ou Star*Star**

Tout le monde ne tombe pas en pamoison devant la fresque de Martin Scorsese. Parmi les petits canards, on ne caquète pas tous sur le même ton à propos d’ Aviator

Pour

Photo AviatorAvec tout le talent qu’on lui connaît, Martin Scorsese nous embarque ici dans une fresque monumentale qui retrace toute une partie de l’aviation civile américaine. Loin de la grosse production superficielle et creuse, Aviator séduit par sa dimension humaine. La vie tumultueuse du milliardaire Howard Hughes, ce passionné d’aviation et producteur de cinéma, est digne des plus grandes figures mythologiques. Et Martin Scorsese ne manque pas de nous arracher littéralement à notre quotidien en nous communiquant la passion de cet acharné, perfectionniste, casse-cou, prêt à tout pour réussir ses rêves.

Dans une mise en scène somptueuse, prêtant une attention toute particulière aux choix chromatiques teintés de nostalgie et aux cadrages diablement esthétiques, Martin Scorsese mélange intimement l’euphorie de l’ambition et le glamour hollywoodien avec les fêlures d’un homme en proie à ses démons intérieurs. Les scènes plus intimes, où est décrite sa relation avec Katherine Hepburn et ses bouffées de folie, donnent une épaisseur bouleversante à cette figure mythique, auréolée de mystère. Etourdissant.

Le succès du film n’est cependant pas étranger au casting, et plus particulièrement à la prestation de Leonardo DiCaprio et Cate Blanchett. Impressionnant, l’acteur habite de tout son corps cet excentrique à la dérive. Ses gestes cassés, ses mimiques, ses tremblements retranscrivent de façon charnelle les contradictions de ce personnage hors du commun. Agressé par le crépitement des flashs aveuglants, les éclats de verres et les croyances hypocondriaques, le personnage se fissure. L’émotion déchire.

Fort émotionnellement, superbement monté, ce film de près de 3 heures saura enivrer les plus sceptiques, malgré un certain classicisme.

Anne-Sylvie Sprenger, 30 janvier 2005

Contre

Photo AviatorAviator est donc le chef-d’œuvre de ce début d’année. Chers amis, veuillez en prendre note. Favori aux prochains Oscars, le nouveau film tant attendu de Martin Scorsese se devait d’être adulé par la presse. Et donc un peu partout dans les canards, on galvaude la prestation «extraordinaire» de DiCaprio, on chérit la mise en scène «sublime et imaginative» d’un Scorsese en pleine forme, on s’exclame devant les apparitions des guest-stars (deux répliques chacune) et on s’esbaudit devant les jolis effets spéciaux (oh, la belle rouge!) et les couleurs en technicolor (oh, la belle herbe bleue!).

Mais très vite dans la salle, le spectateur passe de l’état de la puce surexcitée (la première partie est enthousiasmante), à celui de l’élève attentif (les troubles de comportement d’Howard Hughes), puis à l’ennui (les fameux tocs de Hughes) et enfin après trois heures de projection, le spectateur lambda se retrouve dans état second entre le sommeil éveillé et l’aphasie (les tocs, les paillettes, les tocs, les faillites, les tocs, les tocs, les tocs!).

Donc, on l’aura compris, le nouveau film de Martin Scorsese est un chef-d’œuvre. Le fait qu’il soit ennuyant, répétitif et académique ne change rien à l’affaire. Mais puisqu’on vous le dit, alors.

Grégoire Fazan, 2 février 2005

De Martin Scorsese
Avec Leonardo Di Caprio, Cate Blanchett, John C. Reilly, Jude Law

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