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Cinéma

 


Da Vinci Code

Star----

Un «Harry Potter» pour adultes… sans la magie.

Du best-seller au scénario, des efforts du casting à ce que nos fertiles imaginations avaient échafaudé, les promesses étaient réelles et les attentes laissaient présager des déceptions multiples qui alimentent ces jours la sortie des salles obscures qui accueillent «Da Vinci Code», le film.

D’emblée, laissons de côté les comparaisons entre le roman et le film. Le jeu des mille différences défraie les chroniques cinématographiques depuis la première projection du film dans les salles cannoises. Les écueils multiples que comportent les adaptations de romans au cinéma sont bien connus. Et d’un point pour les libraires ! Mais est-ce le seul point à leur actif ?

Si le roman de Dan Brown est un thriller agréable dans lequel on s’immerge volontiers, la qualité du film tient plus de la série télévisée que de celle habituellement dévolue au grand écran. De surcroît, les choix de réalisation semblent calibrer ce dernier pour nos amis d’outre Atlantique … et ça commence dès les premières séquences. Qui aurait pu imaginer que Monsieur Jean-Pierre Marielle - après s’être pris une « bastos » en pleines entrailles – nous joue l’agonie à « l’américaine », trouvant le temps de déposer des indices dans les quatre coins du musée du Louvre, d’en tapisser son corps à grand renfort de stylo indélébile – à moins qu’il ne s’agisse de son propre sang -, d’échafauder avec minutie rébus et devinettes et de mettre en scène ses derniers instants avec un panache hollywoodien ? Symptôme dramatique dû au phénomène de nivellement par le bas que nous inflige Ron Howard (le réalisateur), on en arrive à attendre le dialogue cinglant (qui heureusement n’arrive pas) entre J.-P. Marielle et son assassin : « J’espère que tu souffres comme un chien ! » - « Seulement quand je rigole ».

Après seulement quelques minutes, lorsque Tom Hanks fait sa première apparition dans le musée, ce qui pourrait vous faire sourire finit très vite par vous agacer et lorsque les premiers effets spéciaux font leur apparition, vous avez la désagréable impression que l’on vous prend pour un demeuré. Imaginez …

Scène de crime. Travelling arrière sur le corps froid de Marielle, effets de lumières (Ma parole, on jurerait l’enfant Jésus … mais que nenni, c’est « l’uomo iscritto » de Léonard … Pourtant j’aurais juré que c’était le type de Manpower). Ultraviolets, un message apparaît à côté du cadavre. Une anagramme à n’en pas douter, mon cher Watson. Effet spécial magique, le front plissé et le regard concentré de Tom Hanks cèdent le champ à la danse des caractères illuminés de la mystérieuse anagramme. Les lettres clignotent, scintillent, se placent et se déplacent. Si vous ne savez pas ce qu’est une anagramme, allez voir le film, vous l’apprendrez … à vos dépens ! Très vite, vous vous attendez à ce que l’inspecteur Grisson débarque flanqué de la jolie petite blonde avec le nez en trompette. Chouette, j’adore « Les Experts - Las Vegas » … Raté ! Vous êtes bel et bien venu voir « Da Vinci Code » et vous en avez pour plus de deux heures et demie !

Côté acteurs ? Tom Hanks est loin d’être convaincant, comme absent de son personnage. Jean Reno est décevant et nous joue un flic catholique intégriste avec à son arc trois expressions qu’il enchaîne durant les deux heures et demie que dure le film : le flic impatient, le flic énervé et le flic en transe « opus déique ». Jean-Pierre Marielle meurt au début du film, on gardera en mémoire les excellentes prestations qui jalonnent sa longue carrière et celles à venir dont nous nous réjouissons déjà. Quant à Audrey Tautou, elle campe ici le rôle d’une jeune femme vive, plus proche de la fausse sceptique que de la vraie croyante en la fraîcheur de jeu des « Amélie » et « Martine » qui nous l’ont fait connaître il y a quelques années.
Vous l’aurez compris, Ron Howard (le réalisateur) n’a pas plus révolutionné le septième art que Dan Brown n’a écrit un roman historique.

Toutefois, « Da Vinci Code » confirme une recette somme toute assez magique, celle d’une certaine forme de succès. Du « Seigneur des anneaux » aux différents opus de Harry Potter, l’œuvre de Dan Brown est de celles qui mêlent sans état d’âme religions et mythologies, étrange et surnaturel, fantastique et réel, faisant appel tantôt à nos imaginaires, tantôt à nos rêves de Sherlock Holmes, avec toujours en trame de fond, des fils qui nous ramènent à nos quotidiens que l’on voudrait tellement plus extraordinaires. Ainsi, Harry Potter est passé des problèmes de l’enfance à ceux de l’adolescence en évoluant dans l’univers féerique que J. K. Rowling a su faire grandir en même temps que son public. Dans le monde de Tolkien, nos environnements sociétaux et contextes politiques nous sont rappelés au travers du mélange des mythologies et d’un imaginaire à la géographie cartographiée. Dan Brown, avec son « Da Vinci Code » mélange avec talent les dates, les lieux, les rôles, les religions et les arts à nos fantasmes et nos imaginations pour nous proposer une hypothèse qui, bien que loufoque et bousculant un peu les ordres établis du christianisme, nous rappelle les mensonges et compromissions supposés qui l’ont soutenu au travers des siècles et des siècles …

Quant aux fortunes cinématographiques que ces best-sellers rencontrent dans leurs adaptations, si elles sont diverses, elles ont toutes en commun des succès littéraires sans précédent que nos imaginations fantastiques, nos envies d’extraordinaire ont sublimés bien au-delà de ce que les caméras et les armes promotionnelles les plus affûtées ne pourront jamais nous proposer.

 

Serge Fontannaz, juin 2005

De Ron Howard. Avec Tom Hanks, Audrey Tautou...

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