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Cinéma

 


Kirikou, incurablement humaniste

Star*Star--

Sept ans après le succès de Kirikou et la sorcière, son réalisateur est toujours sous le charme de ce petit bonhomme aux grandes idées. Et réalise Kirikou et les bêtes sauvages, un conte résolument moral.

Il dit n’avoir pas eu l’intention de rouvrir le livre de Kirikou, mais que l’enfant ne lui a pas demandé son avis, qu’il s’est imposé à lui. Et Michel Ocelot de revenir, non sans émotion, sur ces quelques pages de son imaginaire restées muettes. Kirikou l’enfant nu, l’enfant noir, n’a pas grandi, Kirikou n’a pas changé. Et apparaît hors du temps, tel un ovni égaré.

Face aux dessins animés qui utilisent beaucoup le deuxième degré, Kirikou reste à un niveau très enfantin…
Aujourd’hui, le 2e degré et la parodie, c’est devenu un tic. Et je pense que la parodie, c’est un genre inférieur, car c’est quelque chose qui n’arrive pas à exister par soi-même. C’est vraiment un cul-de-sac.
Kirikou peut-il vraiment intéresser le jeune public d’aujourd’hui?
C’est un film qui ne respecte pas les règles du marché, j’en suis conscient, mais je n’essaie jamais d’avoir l’air intelligent, ni d’être à la mode Si les spectateurs sont prêts à faire une belle promenade d’ 1 h 15, c’est bien. S’ils s’attendent à un film de gangsters et à des combats à la mitraillette, ils seront déçus.
Vous tentez de résister à cette mode des dessins animés bourrés d’actions?
Ce n’est pas une résistance, c’est de la liberté. Je ne suis pas attaqué par ça, je continue juste de mon côté mon petit chemin.
Kirikou a une forte conscience sociale, vous assumez ce côté conte moral?
Totalement. Ça vient aussi de ma famille, mes parents étaient dans l’enseignement et je trouve que transmettre des choses, c’est une activité noble. Les deux ou trois choses que je sais, je les transmets, et je n’ai pas honte. Je trouve qu’une fantaisie bienvenue est autant plus agréable que derrière il y a une construction morale.
Quand l’abeille pique Kirikou, il dit que c’est pas de sa faute, que c’est lui qui l’a touchée. C’est pas un peu trop humaniste?
C’est pas de la faute de l’abeille, elle s’est défendue. Pour moi c’est une évidence. Il faut y arriver sans accuser les autres.
Vous avez aussi cette vision pacifiste de l’humanité?
Je suis pour la paix, je suis pour étudier pourquoi il y a du mal, je suis pour soigner quand on peut soigner, je suis pour pardonner s’il y a une technique pour y arriver, mais l’humanité m’épouvante, quelle horreur!
Kirikou est un petit bonhomme avec de grandes idées, vous pensez qu’on en manque?
Elles vont et viennent, rien n’est perdu. Mais il me semble que les grandes idées et les grands sentiments, c’est immortel et que tout le monde continue à y croire.
Vous dites qu’il y a un peu de Kirikou en chacun. J’ai l’impression que les générations d’aujourd’hui sont tellement différentes…
Je pense que quand on fait du cinéma, on a le pouvoir d’influencer les gens, de leur donner des idées. Moi j’ai envie de dire qu’on peut arriver à obtenir des choses sans mitraillette, en caressant plutôt qu’en mordant. Qu’est-ce que les terroristes ont obtenu jusqu’à maintenant ? Absolument rien. Alors je suggère d’autres méthodes.
Ici, la sagesse n’est pas affaire de vieillesse…
Je veux montrer qu’il ne suffit pas d’être vieux pour ne pas être imbécile. Je n’aime pas la fausse autorité, et les barbus qui dictent les lois, quelquefois sont des imbéciles.
Que répondez-vous à ceux qui vous reprocheraient d’être naïf?
Je ne suis pas si sûr de l’être tant que ça... Quand je fais ces films destinés aux enfants, les adultes les voient sans aucune défense et je leur rentre dedans quand même, comme s’ils étaient des enfants. Il faut se méfier de cette naïveté. Comme Kirikou, je fonce dans le tas.

Anne-Sylvie Sprenger, paru dans le 24 Week-End du 1er décembre 2005

 

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