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Cinéma

 




La Chute

Star****

Plus qu’un film à scandale, La Chute est un film qui divise: d’un côté il y a le public, de l’autre les intellectuels, qui se plaisent à le disséquer sous l’oeil souvent inique du spécialiste. Relatant les derniers jours d’Hitler dans son bunker, avant qu’il ne se donne la mort avec une précision historique contestable et contestée, le film réussit néanmoins à montrer un Führer acculé par l’avancée de l’Armée Rouge sur Berlin, surtout touché dans sa fierté par la nouvelle. C’est dans ce tombeau renfermant certains de ses proches, tels que la famille Goebels, sa compagne Eva Braun, ou sa secrétaire, la jeune Traudl Junge, que le Führer diminué et paranoïaque perd tout sens des réalités. Incarné par Bruno Ganz avec un souci du détail qui fait froid dans le dos, c’est une interprétation soignée et consciencieuse jusque dans les moindres tics, comme par exemple ce tremblement parkinsonien de la main, qui souligne une nervosité malsaine et maléfique.

Photo La ChuteLa Chute n’est pas un documentaire sur le nazisme et encore moins sur Hitler, puisqu’il ne conte que ses deux dernières années (le gros du film se concentrant même sur ses tout derniers jours). C’est déjà un film incontournable, si l’on en juge au foisonnement d’opinions, de réactions et de débats qui l’entourent; mais sans peindre le diable sur la muraille, il est à prendre avec des gants. Il nécessite une connaissance préalable des horreurs de l’Holocauste. Le nazisme est partout, mais il n’est pas expliqué. Ce sont par exemple les poupées des gamins Goebels, répliques parfaites de petits aryens; des croix gammées, des uniformes, etc. qui posent le contexte; tout est dans l’atmosphère qui sent le moisi, tout comme ce vieil Adolf rabougri et obnubilé par son suicide.

Photo La ChuteDans une esthétique sombre, tout dans les gris et kaki, et où les décors semblent être de carton-pâte, le spectateur est mis en position de l’observateur privilégié, au plus près des personnages, ce qui n’est qu’une fausse impression: certains événements importants restent occultés, comme la mort effective d’Hitler. Les scènes scabreuses ou gores (membres amputés à vif ou suicides par balle) ne manquent pourtant pas; les carrément lourdingues non plus. La longue scène où Madame Goebels, tirée à quatre épingles, donne la mort à ses enfants est montrée avec une emphase quasi tragique. Premièrement il y a le «crac» insoutenable des capsules de cyanure qu’elle casse entre leurs mâchoires, suivi du dernier soupir du gamin, puis de la couverture qu’elle tire afin d’en recouvrir leurs visages, laissant voir leurs petits pieds potelés... Deux fois passe encore, cela fonctionne bien pour émouvoir la galerie, mais c’est six fois qu’on vous la fait! Un peu de mesure ne ferait pas de mal à Monsieur Hirschbiegel qui s’en tire quand même plutôt bien.

Virginie Pfeiffer, 9 février 2005

Par Oliver Hirschbiegel
Avec Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara, Corinna Harfouch, Ulrich Matthes, Juliane Köhler

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