"La mer à l'intérieur", ou l'histoire vraie de Ramón Sampedro, un marin galicien amoureux de la mer, devenu tétraplégique à la suite d'un accident de plongée. Préférant le suicide à une existence privée de sa seule raison de vivre, il se bat pendant près de trente ans – et depuis son lit – pour son droit de mourir dignement. Très médiatisée, l'affaire Sampedro a remué l'Espagne depuis la parution de ses mémoires Cartas desde el infierno en 1996 (Mourir de vivre, Ed. Ramsay, 1997), soutenue par une vidéo de ses derniers instants qui le montre buvant son cyanure le sourire aux lèvres. C'était le 12 janvier 1998.
Changeant totalement de registre après Les Autres (2001) qui nous avait cloués d'effroi dans nos sièges, Amenabar signe ici le portrait à la fois dérangeant et lumineux de cet homme qui a marqué les esprits par sa persévérance. Sur l’écran, Javier Bardem, qui a passé trois mois de tournage au lit. Il interprète probablement le rôle de sa vie sous les traits de Ramón, un être plein de vie et communicatif, à la volonté inébranlable d'en finir avec la vie. C'est précisément ce paradoxe qu'Amenabar a voulu creuser dans son film. Il ne se penche donc pas tant sur le "comment" de l'affaire – les détails du suicide étant largement éludés – mais plutôt sur l’individu qui se cache derrière tout ce remue-ménage médiatique.
Le réalisateur prolonge de façon diaphane le travail de pensée qu'avait entrepris Sampedro sur les problèmes éthiques posés par l'euthanasie ou le suicide. Il montre une mort salvatrice qu'il nous est difficile d'accepter, notamment à cause de nos préjugés mystico-religieux sur la valeur de la vie. Se contentant de donner des pistes en n'hésitant pas à montrer un Sampedro caractériel et parfois carrément despotique, Amenabar signe une œuvre sensible mais en rien combative. Il réussit en outre quelques séquences périlleuses grâce à son génie narratif qui sait rendre vraisemblable même l’extraordinaire, comme quand il fait s'envoler Ramon, ce qui ne pose aucun problème de crédibilité. Au contraire, et c'est bien là la preuve de son talent.
Virginie Pfeiffer , 5 février 2005
De Alejandro Amenabar
Avec Javier Bardem, Belén Rueda, Lola Dueñas, Mabel Rivera, Celso Bugallo
Photo © Teresa Isasi