Marie pleine de Grâce est un de ces films dont on ressort follement surpris. Il nous parle de Maria, une jeune Colombienne de dix-sept ans qui se retrouve enceinte de son petit ami qu’elle n’aime pas. Rebelle dans l’âme, elle démissionne de son travail peu gratifiant, alors qu’il n’y a aucun autre emploi dans son village. Prête à tout pour ne pas mettre la survie de sa famille en danger, Maria accepte un travail de «mulet», qui consiste à passer des boulettes de drogues préalablement ingérées de la Colombie aux Etats-Unis.
Film surprenant donc, parce que son réalisateur est un citoyen des Etats-Unis, et non pas un Sud-Américain, comme on pourrait le croire. Deuxièmement, parce que Joshua Marston, dont la carrière débute, tente de faire ses preuves en abordant un thème grave rarement mis en lumière par le cinéma. Il s’est risqué à frôler la ligne du documentaire en filmant avec clairvoyance ces femmes portant dans leurs viscères, tel le fruit d’un viol, le marché inhumain de la drogue. Le jeune réalisateur est assez intelligent pour ne pas tomber dans le mélodrame, ne condamnant ni ne cherchant à excuser à tout prix. Au contraire, il excelle à dépeindre les multiples facettes tant des «victimes» que des «bourreaux».
Il réussit complètement à nous plonger dans la détresse de ces Colombiennes qui mettent leurs vies en danger dans l’espoir d’un meilleur pour leurs familles. Son génie pourrait tenir dans l’optimisme qu’il dégage, souvent porté par la jeune actrice Catalina Sandino Moreno, cette Maria si forte à la beauté biblique. C’est surtout un film simple et sans chichis, qui a le mérite de présenter des réalités cruelles avec pudeur et respect, nous mettant face à des inhumanités terribles sans pour autant nous mettre mal à l’aise.
Virginie Pfeiffer, 29 décembre 2004
Réalisé par Joshua Marston
Avec Catalina Sandino Moreno, Yenny Paola Vega, Virgina Ariza