Claire et Bruno forment, depuis 12 ans, un couple établi, une institution. Au cours d’un pique-nique entre amis dans la maison familiale, Claire lance une petite phrase anodine, par simple provocation, sur un coup de tête: «Bruno et moi, c’est fini.» Excitée par l’extravagance de cet aveu controuvé, titillée par la curiosité, elle insiste pour que Bruno joue le jeu. Serpent de mer contorsionniste, la rumeur s’infiltre dans les eaux vaseuses de l’amitié, et tombent les masques. Comment? Ses amis ne croyaient plus au couple qu’elle forme avec Bruno? Au fur et à mesure que les langues se délient, Claire se sent envahir par le doute, comme une nausée qui remonte dans la gorge. Des envies de séduction la pressent, comme un défi. Des aveux qui blessent, aussi. Axelle sa meilleure amie aurait eu une aventure avec Bruno. La tête qui tourne. L’amour qui flanche.
Avec légèreté, la caméra intimiste, Bernard Rapp met en scène brillamment la pièce de Jean Dell et Gérald Sibleyras, les tourbillons du doute et l’importance du regard des autres dans la construction du couple. Fable cruelle sur l’insatisfaction et l’amour, Un Petit Jeu sans Conséquence séduit par ses dialogues corrosifs et la performance de ses comédiens. On y retrouve alors tout le meilleur de la comédie française, entre acidité et mots d’esprit.
Sandrine Kiberlain est tout simplement diablement envoûtante dans son rôle d’amoureuse usée par l’ennui et aux prises avec les doutes les plus déstabilisants. Yvan Attal n’est pas en reste. Le couple fonctionne à merveille à l’écran, une sorte de yin et yang sensuel et pathétique. Petit morceau choisi: «Regardes-nous, on fait bloc. On est toujours associés l’un à l’autre comme un couple de petits vieux. Comment veux-tu que je séduise d’autres hommes?» — «C’est à moi que tu demandes des conseils pour séduire d’autres hommes?» — «Pourquoi pas? Parce qu’un jour c’est toi que je n’exciterai plus.» Ambiance…
Un film à l’intelligence déconcertante et à la réalisation classique qui donne toute son ampleur à la prestation des comédiens. On n’aime pas, on adore.
Anne-Sylvie Sprenger, 29 décembre 2004
De Bernard Rapp
Avec Sandrine Kiberlain, Yvan Attal, Jean-Paul Rouve, Marina Foïs, Lionel Abelanski
Photo: ©Thierry Valletoux