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Cinéma

 




Les Sœurs fâchées

Star**--

 

Photo Soeurs fâchéesA peine débarquée à Paris, Louise, petite provinciale simplette (Catherine Frot, qui reprend le rôle de la nunuche attachante que l’on avait adoré dans Un Air de Famille), agace au plus haut sa sœur Martine, petite-bourgeoise installée dans la capitale et chez qui elle va séjourner un long week-end. Elle doit en effet rencontrer un éditeur au sujet d’un roman qu’elle vient d’écrire, le soir, après le travail à l’institut de beauté. Martine ne supporte pas la gaieté de Louise, sa niaiserie grotesque. Louise lui fait honte. Mais pas seulement. Le bonheur de Louise, qui lui éclate en pleine figure comme une giroflée, met surtout en évidence les failles de son existence. Riche, distinguée, installée dans une vie confortable, Martine manque de l’essentiel. D’amour, de réussite sociale, d’indépendance…

Derrière ses apparences frivoles, le film explore la souffrance de cette femme qui n’est plus libre de son existence, enchaînée pour des raisons financières à un mari qui la dégoûte et enfermée dans une hypocrisie sociale qui la dépasse. Isabelle Huppert est magnifique dans son rôle de vipère frigide et mauvaise. Lorsque sa sœur lui demande si elle est heureuse, mise en danger, elle éclate comme un sanglot étranglé: «Heureuse? Les gens n’ont plus que ce mot à la bouche! Y a quand même d’autres choses dans la vie que le bonheur!»

Pourtant, malgré l’intensité et l’épaisseur de ce personnage féminin, le film perd de vue son originalité en jouant à tout-va la carte de l’humour sommaire et du gag. Certes, les caractères diamétralement opposés d’Isabelle Huppert et de Catherine Frot laissaient envisager une comédie des plus cocasses. Or il s’avère que le film d’Alexandra Leclère, dont c’est le premier long-métrage, a été fardé à la truelle plutôt qu’au pinceau. Les traits sont grossis au point que Catherine Frot tombe pour la première fois dans l’écueil de l’agacement, tant son personnage agit avec cucuterie. Le film s’attarde en effet trop sur l’air du paysan en ville, en parfait décalage, thème par ailleurs largement ressassé au cinéma. Le décalage est trop criant entre ces séquences de comédie balourdes et la fragilité cristalline des séquences où le masque du bonheur se brise en mille morceaux, à travers de petites touches subtiles et intimistes.

Bilan donc mitigé pour ce premier film qui a été fait, nous confie la réalisatrice, dans l’urgence de «tourner en dérision les choses qui me font mal», la décision de sa sœur de ne plus la voir. Faudrait-il y lire une explication à cette pudeur, à ce désir d’enfuir la corde sensible sous les balivernes de la comédie?

Anne-Sylvie Sprenger, 14 décembre 2004

Réalisateur: Alexandra Leclère
Avec Isabelle Huppert, Catherine Frot, François Berléand, Brigitte Catillon, Michel Vuillermoz

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