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Cinéma

 


Le Souffle du Désert ou les confidences d’hommes d’aujourd’hui

Star*Star*-

Le réalisateur vaudois François Kohler a suivi le voyage tant physique qu’intime de 13 hommes en quête de leur identité masculine

«Un être humain, c’est un continent noir», amorce Louis, un des participants romands de ce périple saharien. Ils sont 13 hommes, d’âges, de nationalités et de niveaux socioculturels différents. Il y a un an, ils s’engageaient dans une aventure aussi physique qu’intime. Aux portes du Sahara, ils avancent, accompagnés d’un animateur, dans le seul but d’explorer leur identité masculine, sous le regard tendre et parfois ironique du réalisateur vaudois François Kohler.

Le Souffle du désert séduit par sa transparence et la franchise avec laquelle se livrent ces hommes, parfois blessés, souvent mal dans leur virilité. Et dévoile l’intimité de leur être, dans des questionnements allant de leur rapport aux femmes à la violence, en passant par la sexualité ou encore la paternité. «Le problème fondamental que rencontrent les hommes aujourd’hui, c’est l’absence de transmission masculine, explique le cinéaste. Les hommes grandissent dans l’absence du père, soit parce qu’il s’est taillé, soit parce qu’il est complètement absorbé par son travail.»

Pour retrouver de nouveaux repères, les participants ont quitté leur quotidien pour se retrouver face à eux-mêmes, dans le silence et l’immensité du vide saharien. «Le désert, de par son aridité, permet de renvoyer à soi», précise François Kohler. Et Louis, un des participants, d’ajouter: «Vous êtes perdus là-bas, sans distraction ni possibilité de fuir, c’est une donnée importante.» Alors peu à peu la confiance s’établit entre ces inconnus d’horizons éloignés, les masques tombent, les langues se délient, sans artifice ni tabou.

Pour Alexis Burger, psychothérapeute et accompagnateur, ces échanges uniquement masculins sont essentiels pour la construction de l’homme face à la femme. «Si les hommes s’occupent entre eux de régler certains problèmes, alors ils ne vont pas solliciter les femmes pour ce qu’elles ne peuvent leur donner. Ils se rendent ainsi disponibles pour une relation plus réaliste.» La trahison d’une épouse, la peur de la pénétration ou encore l’emprise d’une mère vampirique sont autant de blocages confessés lors ce séminaire grandeur nature.

Le corps a aussi droit de parole dans cette quête de ce qu’est la virilité aujourd’hui. Les participants s’adonnent à des exercices de lutte physique. Plus que de se reconnecter avec ses sensations, il s’agit de se confronter à l’expression de sa force. Louis s’en rappelle comme un des moments clés du séjour. «La force est typiquement masculine, mais qu’est-ce qu’on en fait? J’ai aimé travaillé sur la limite où la force devient violence et comment on peut la maîtriser.»

Plus qu’une problématique individuelle, l’identité masculine est un problème de société. «Avec la globalisation, avance Christian, un participant, y a une course à la productivité et une compétitivité de plus en plus grande dans les entreprises et on en oublie l’humain.» Le défi pour l’homme d’aujourd’hui est alors de retrouver une vraie virilité, sans qu’elle doive s’exprimer par la performance, la compétition ou la violence. «Si l’homme continue de fonctionner sur ses anciens schémas de références, il va droit dans le mur», lance Eric qui a ressenti un jour le besoin de «comprendre les choses un peu différemment». «En fait, résume-t-il, parcourir sa masculinité, c’est découvrir sa féminité.»

Voir des hommes baisser ainsi la garde et s’abandonner dans des confidences intimes touche avec un impact tout particulier la gent féminine, souvent démunie face au silence de l’homme. Ainsi, aux Visions du réel, où le film a été présenté, un débat a suivi la projection, animé essentiellement par les réactions féminines. Du côté des hommes, le bilan est plus mitigé. «Il y a toujours cette sacro-sainte pudeur, commente Eric, qui fait que même s’ils sont touchés par nos témoignages, ils n’osent pas s’affranchir de leurs peurs.» Difficile encore de dépasser la frontière du paraître pour ces hommes élevés à l’air du «Un garçon c’est fort, ça ne pleure pas.» Quant aux participants, ils ont fait preuve d’un courage et d’une franchise renversantes. De quoi chambouler nos certitudes quant à l’homme d’aujourd’hui.

Anne-Sylvie Sprenger, paru dans Le Matin Dimanche du 8 mai 2005

Au Bellevaux à partir du 7 janvier 2005. Rens. www.souffledudesert.com/fr

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