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Littérature

 




Begbeider, dandy?

De Baudelaire à Beigbeder… la taxe à la valeur non ajoutée en plus.

Et si «99F» - seulement – bannissait définitivement Frédéric Beigbeder d’un dandysme dont son comportement se réclame plus qu’il ne se fonde?

Certes, les temps changent. Jean-Paul Gauthier a remplacé Théophile, le jetsetteur a suppléé le dandy et nombre de ces nouveaux personnages, squattant plus les night-clubs délétères que les anciens salons littéraires, nous font regretter chaque jour plus les affections de nos Baudelaire, Sainte-Beuve, et autre prisonnier de quelque geôle notoire du millénaire dernier. Les chemises immaculée – pas toujours archi-sèches – de Bernard Henri Lévy même n’y sauront rien changer.

J’ai abordé Frédéric Beigbeder, lors d’une soirée qu’il affectionne tant, au hasard des pages de son livre «Vacances dans le coma» et plutôt que de me conformer à son injonction d’en cesser la lecture ou de quitter les lieux de son «autocritique en guise d’avant-propos», j’ai tenté de m’incruster. Le ton, bien que cultivé, y est enfantin et confond – sans état d’âme particulier – impertinence et superficialité, mêle avec adresse dérision et futilité. Il nous sert un brouet indigeste, où surnagent autosatisfaction, complaisance et suffisance, servi à la sauce parisianiste germanopratine avec un soupçon – ô combien appuyé! – de narcissisme de chassieux aloi.

Si l’on considérait le fait de troquer le néo-classicisme (néo-libéral) d’un complet Hugo Boss contre la nudité pécuniaire d’une arène littéraire télévisuelle comme une marque d’indépendance vestimentaire, abandonnerait-on encore, de guerre lasse, quelque qualité de dandy à l’intéressé? Mais notre souci d’esthétisme bien compris y serait alors pour son compte.

Et puis "99F" seulement peuvent-ils suffire au besoin de lucre qui semble de plus en plus être l’unique moyen d’assurer à tous ces faiseurs et ces pseudos l’impertinence qu’ils appellent de toutes leurs gesticulations grotesques, plus ou moins intellectuelles?

Plutôt que de jeter l’anathème sur une société qui confond trop postures, apparences et qualités ne devrait-on pas se poser la question de savoir quel tsunami culturel, quel bouleversement de la pensée nous ont conduit à abandonner à de tels pitres tant de notre fertile attention et un petit bout de notre conscience que l’on espérait plus magique, attentive et soutenue.

Au cas, voire «dans le cas que» les livres de l’intéressé vous auraient laissé un sentiment indéfini de manque ou de désert culturel, je vous propose – à titre d’antidote – l’ouvrage remontant du gourmand Claude Allègre, «Dictionnaire amoureux de la science». A consommer avec délice et sans modération.

Serge Fontannaz , mai 2005

« 99F »
Frédéric Beigbeder
Editions Grasset
280 pages

« Vacances dans le coma »
Frédéric Beigbeder
Editions – Le Livre de Poche
150 pages

« Dictionnaire amoureux de la science »
Claude Allègre
Editions Plon – Fayard
1020 pages

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