Roman mal famé
Mexico. Johnny Ramírez fait régner la terreur dans son quartier, mac et revendeur de drogue, descend froidement les gars dont la tête ne lui revient pas. Ramírez est le héros déglingué de L’autre visage de Rock Hudson, du Mexicain Guillermo Fadanelli. Mi-polar mi-roman psychologique, magistral dans la peinture des atmosphères, sombre et râpeux, il emmène le lecteur dans des ruelles malfamées où l’ombre est gravide de dangers, troublée par le bout brillant de cigarettes qui trahissent la présence de quelques assassins. Roman du désœuvrement, de la pauvreté et de la déchéance, il n’est pas sans rappeler les westerns crépusculaires et violents de Clint Eastwood. Johnny Ramírez, le mâle par excellence, visage marqué par de grandes cicatrices, crache pour se donner contenance dans les ruelles aux « immeubles lépreux, tatoués d’images religieuses, peints de couleurs criardes », mais sait, dans son immense solitude, que la mort le guette et qu’elle finira par gagner. La construction du récit est habile : montage alterné entre Ramírez et son jeune alter ego, prénommé Johnny lui aussi, signe d’un éternel retours de la violence. Quant à la traduction, elle restitue à merveille la plasticité d’une écriture de haute tenue.
Julien Burri, paru dans le 24 Heures du 6 avril 2006
De Guillermo Fadanelli
Ed. Bourgois, 131 pp.
Traduit de l’espagnol par Nelly Lhermillier