AccueilLogo
Accueil | Info Site | Pub | Contacts
i Accueil
www.VilainPetitCanard.ch

Théâtre | Littérature | Cinéma | Patchwork | CV | Liens

Théâtre

 




La Bonne Âme de Setchouan

***--

Irina Brook recrée l’euphorie brechtienne

Souvenez-vous, c’était au printemps 2001. Irina Brook nous présentait son onirique mise en scène de La Ménagerie de Verre, une approche intimiste guidée par les fantômes intérieurs de Tennessee Williams. Et Romane Bohringer nous ébranlait dans le rôle de cette héroïne au corps fragile, petit animal enfermé dans sa gêne de vivre. Avec La Bonne Âme de Setchouan, le changement de ton est radical, mais le propos n’en est pas moins essentiel.

Trois dieux descendus sur terre sont à la recherche de l’existence potentielle d’une bonne âme. Seule Shen Té, prostituée au grand cœur, les accueille avec bienveillance. Récompensée par un petit commerce, elle voit très vite déferler chez elle une horde de solliciteurs. Mais peut-on faire le bien dans un monde inéquitable, où règne tant de misère? Tel est le propos de cette fable orientale, un des chef-d’œuvres épiques du maître allemand.

Emmenée par Irina Brook et sa tribu (une quinzaine de comédiens), la pièce est un ouragan aux mille et une couleurs. Du fourbi régnant sur scène aux excentricités de personnages tintinesques, en passant par l’utilisation d’accessoires saugrenus, la mise en scène s’affirme baroque et exulte sans modération aucune. Et c’est dans ce brouhaha jouissif que la plainte de l’esprit généreux se fait entendre, dans un cri de désolation. «Il faut peu pour vouloir se foutre en l’air quand on est face à la misère, l’invivable vie...» Et Romane Bohringer, de sa voix feutrée et naturellement mélancolique, de proposer une accalmie à cette fresque exubérante, un souffle d’humanité.

Mais on aurait tort de voir dans pareille euphorie, légèreté de propos. L’insolite déployé rend compte de la volonté de rester fidèle à la théorie de la distanciation: que le public ne prenne jamais totalement au sérieux ce qui se passe sur scène. Et c’est ainsi qu’à tout moment, les comédiens peuvent «décrocher» de la linéarité du récit et se mettre à chanter, danser ou s’adresser au public. Et La Bonne Âme de Setchouan de proposer en guise de point final une interrogation. Le théâtre épique se devant faire adopter au spectateur un position critique face au monde qui l’entoure.

A n’en pas douter, cette mise en scène s’ajoute aux nombreux succès de cette comédienne talentueuse (Molière de la révélation théâtrale et Prix de la SACD – Société des auteurs et compositeurs dramatiques) et metteur en scène confirmée (elle a notamment monté Une Bête sur la Lune de Kalinoski qui a été couronné par 5 Molières). Irina Brook éclabousse les planches avec la fraîcheur toujours renouvelée des plus grands. Ses spectacles ont le goût du plaisir.

Anne-Sylvie Sprenger, L'Hebdo, 7 octobre 2003

Théâtre de Vidy, Lausanne
De Berthold Brecht
Mise en scène: Irina Brook
Avec entre autres Romane Bohringer

© 2004-2005 | Design by