Ça commence comme un jeu d’enfants. Dans une mansarde crûment éclairée, Solange et Claire redistribuent les rôles de leurs vies: cette fois, Solange sera Claire, et Claire Madame, la maîtresse de maison. Mais dans cette pièce glaçante, au carrelage blanc cassé, cette récréation ludique vire à l’obsession. Il faut aller jusqu’au bout, jouer et rejouer indéfiniment la scène du meurtre. Etrange rituel, macabre cérémonie. Mais de ce jeu morbide – mais est-ce tout à fait un jeu? –, Bruno Boëglin n’arrive malheureusement pas à tirer toute la force jubilatoire présente dans le texte de Genet. A trop confondre l’excentricité avec la rage, on perd en intensité. Et ce malgré le jeu de Judith Henry, dont la voix sournoisement douce dégage plus de cruauté que toutes les perfidies.
Anne-Sylvie Sprenger, L'Hebdo, 11 novembre 2004
Théâtre de Vidy, Lausanne
Mise en scène: Bruno Boëglin
Avec Bruno Boëglin, Odille Lauria et Judith Henry