A voir au Grütli jusqu'au 24 avril
Une entreprise fastidieuse que de monter ce classique de la littérature fantastique, chef-d'oeuvre de la culture juive. Ecrit par Shalom An-Ski juste avant la Première Guerre mondiale, le texte connu moult adaptions jusqu'à celle-ci, moderne et subjugante, proposée par Daniel Wolf. Empruntant au folklore populaire dans un prologue audacieux des légendes ainsi que des extraits de Kafka, le metteur en scène choisit de délivrer le récit de son emprise temporelle. On entre alors dans l'univers mystique et sourdement inquiétant d'une petite communauté juive vaguement contemporaine. Une ambiance sombre s'étire comme un filet de brouillard sur le plateau, teinté subtilement d'une lumière chaude, comme ces chants yiddish qui donnent chair à l'ensemble, densité à un théâtre dans le premier tiers principalement de narration.
Et puis au coeur de ces légendes, prend corps le drame. Léa est possédée, habitée par un dibouk, une âme errante en quête de salut, comme le dernier sortilège d'un amour fou.
Sublimées par des trouvailles théâtrales pertinentes, les scènes d'exorcisme enivrent d’effroi, emmenée par une Sophie Lukasik au zénith de son talent. Un travail sur l'incarnation qui rappelle non sans perspicacité le travail d'acteur. A noter encore, dans ce casting plus que convaincant, la prestance et dextérité vocale de Myriam Boucris, qui prend à la gorge. D'une grande beauté.
Anne-Sylvie Sprenger, 6 avril 2005
Théâtre du Grütli, Genève
De Shalom An-Ski
Mise en scène: Daniel Wolf
Avec Gilles Abravanel, Myriam Boucris, Maureen Chiché-Mayoraz, Philippe Cohen, Cédric Dorier, Caroline Gasser, Henri Gruvman, Elzbieata Jasinska, Michel Kullmann, Sophie Lukasik, Lee Maddeford, Peter Palasthy, Antonio Troilo
Photo: Elsa Rochaix