Face à une existence qu’il jugeait insupportable, Eugene O’Neill a hurlé le désespoir et l’amertume: «Au bout du compte, tout vient se mettre entre vous et ce que vous voudriez être.» Les Enchaînés est à ce titre autobiographique, car il dit cette exigence d’absolu. Dans une ambiance hollywoodienne des années 60, deux amants s’entre-déchirent, tiraillés entre un idéalisme implacable et les sinuosités de la vie. Malgré un jeu inégal, on est saisi par cet amour tortionnaire et sublime aussi, quand, dans la scène finale, tel un ange elle descend vers lui et appelle: «Viens...» C’est beau comme un mythe auquel on veut croire.
Anne-Sylvie Sprenger, L'Hebdo, 25 mars 2004
Théâtre du Grütli, Genève
Mise en scène: Severine Bujard
Avec Juan Antonio Crespillo, Philippe Lüscher, Marcela San Pedro, Alexandra Tiedemann
Photo: © Simone Oppliger