Romancier, poète, chanteur, comédien, peintre, Serge Rezvani, qui avait illuminé de sa célèbre chanson le film de Truffaut, Jules et Jim est joué au Pulloff. Sa pièce a séduit le metteur en scène Jean-Gabriel Chobaz, car elle traite de “la famille en désintégration, comme miroir de notre société”. Pourtant, la thématique aiguë semble rapidement retomber une fois mise en scène.
Dans une blancheur implacable, des corps bronzés au carotène déambulent avec volupté. Dans cette maison au bord de mer, un frère et une sœur se perdent dans le désir d’un homme plus âgé. Fauconnier, il les tient dans cette cage dorée soumis à ses désirs avec la même barbarie latente avec laquelle il retient ses oiseaux dans les ténèbres. Lorsque sa femme, inséparable de ses lunettes à soleil comme pour mieux cacher ses rides, revient avec leur fils dans ce Sodome et Gomorrhe aux accents de porno italien, les plaisirs incestueux et infanticides éclatent et tout ce beau monde se débat dans une pièce blanche, comme aseptisée.
Bonne tentative pour faire ressortir l’ambiance oppressante et trop “clean” de la pièce, écrite d’ailleurs dans les années quatre-vingt, qui virent la montée de la jeunesse dorée, yuppies et autres golden-boys cokés barbotant dans un vide et un ennui où n’existait que la toute-puissance de l’argent. Bien. Mais si la scénographie reste intéressante, le jeu des acteurs reste stéréotypé et ressemble plus à un mauvais remake du jeu des tragédies anciennes.
Le texte de Serge Rezvani est d’une cruauté glaçante. Implacable. Pourtant dans cette mise en scène, le tragique n’arrive jamais à s’élever au-dessus des exclamations théâtrales et des rires faussement libidineux. L’énérgie n’étant pas canalisée, jamais contenue, la pièce en perd toute sa profondeur. A noter cependant, la performance du jeune Gilbert Dagon qui semble porté par son texte et montre un corps empêtré dans un malaise et une révolte incommunicables. Dommage que l’essence d’un texte pareil reste étouffée dans tous ces cris.
Tamia Bouberguig et Anne-Sylvie Sprenger, 28 février 2005
Pulloff théâtres, Lausanne
De Serge Rezvani
Mise en scène: Jean-Gabriel Chobaz
Avec Hubert Cudré, Gabriele Bazzichi, Khany Hamdaoui, Stéphane Rentznik, Véronique Montel, Gilbert Dagon
Photo © Valdemar Verissimo