La magistrale comédie de Samuel Beckett sur la vieillesse, la déchéance du corps humain et les jeux de soumission est menée ici de main de maître. Scénographie asphyxiante, répliques grinçantes, ton sarcastique, on en a la chair de poule. Beckett est un de ces auteurs qui poussent la monstruosité jusqu’à l’insupportable et ce avec un tel génie que l’on rit toujours – jaune, bien sûr – de notre condition mise ainsi à nu, sans le moindre ménagement. Moins drôle qu’En attendant Godot, Fin de Partie est un condensé de tous les états dépressifs du monde, et déverse en un flot lent et régulier toute la désolation de l’humanité. Dans la mise en scène de Philippe Mentha, lugubre à souhait, l’espace ressemble au cachot d’un donjon où trônent deux grands containers où vivent, dociles et grotesques, la vieille génération, les parents du personnage principal, aveugle et handicapé. Pourtant malgré l’extrême noirceur du propos, on ne sombre pas, la tension est toujours là, soutenue par des comédiens au jeu combatif et vivace. En ressort un contraste des plus amèrement jouissifs, comme avec un alcool trop fort.
Anne-Sylvie Sprenger, 4 mars 2005
Théâtre Kléber-Méleau, Lausanne
De Samuel Beckett
Mise en scène: Philippe Mentha
Avec Michel Cassagne, Philippe Mentha, Roland Nassi, Jane Friedrich
Rés. 021 625 84 29
Photo © Carole Parodi