A voir au Theatre du Poche Jusqu'au 1er mai
La saison passée, Jérôme Robart nous renversait avec Eddy F. de Pute, une pièce qui empoignait le mythe d’Œdipe avec la force inquiétante de l’absolu. Avec Jiji the Lover, le jeune auteur s’ancre dans une veine plus quotidienne. «Je me suis débarrassé de la gangue poétique, annonce-t-il, car le théâtre n’est pas nécessairement beau.» Puisant dans la banale mécanique de la trahison amoureuse, il en ressort une comédie insolente, se jouant narquoisement des clichés sur le désir et ses déclinaisons génériques. De ses naufrages aussi.
Jiji est amoureux de Lola, mais lorsque la belle Zoé lui fait du rentre-dedans, son amour prend des vite allures d’incertitude. Pris dans les filets de la tentation, il glisse dans une dynamique implacable qui ne manquera pas de le tourmenter.
Les animations vidéo ainsi que les pulsations sonores appuient la tension du désir refoulé, toujours plus présent. Si on peut regretter par moments le manque d’épaisseur des personnages ainsi qu’un ton par trop convenu, on est balloté de façon efficace d’une séquence à l’autre grâce un découpage cinématographique qui donne à l’ensemble un rythme haletant. Dissertant sur différents niveaux d’écriture de «la difficulté pour un jeune homme d’être fidèle», la pièce fait résonner en nous des questions auxquelles on ne trouve jamais de réponse, tant la mécanique du désir et de l’amour est plus complexe qu’elle n’y paraît.
Anne-Sylvie Sprenger, 6 avril 2005
Théâtre du Poche, Genève
De Jérôme Robart
Mise en scène: Jérôme Robart
Avec Jacques Probst, Frank Semelet, Alexandra Tiedemann
Photo © Carole Parodi