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Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas

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«Kaddish» est la prière pour les morts dans la religion juive, qui doit être prononcée tous les jours pendant un mois. Dans ce récit, Imre Kertész, Prix Nobel hongrois de littérature, s’interroge quant’au sens de mettre un enfant au monde après l’Holocauste. Sur le texte plane l’ombre de la terreur et de cette souffrance indicible qui s’est échappée des cheminées d’Auschwitz ou de Buchenwald. Imré Kertész y a été déporté. Il n’avait alors que 15 ans. Libéré en 1945, il lui faudra 50 ans pour trouver la force de hurler les séquelles de ce traumatisme. Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas est un texte déchirant et pétrifiant, qui rend compte de l’impossibilité d’oublier. De continuer. De donner à son tour la vie.

De digressions en digressions, de dialogues indirects à des questionnements philosophiques, le narrateur trace par bribes quelques-unes de ses discussions avec un philosophe ou avec sa femme. Et évoque en vrac, comme dans un cauchemar où tout s’entremêle, les questions de la judéité, de l’amour, du bien et du mal, de l’altérité, de l’arbitraire ou encore de l’écriture. Telle une oraison funèbre commentant le naufrage de l’esprit humain face à l’incompréhension et à la douleur.

Seul sur scène, Jean-Quentin Châtelain porte à bras-le-corps ce soliloque. On appréhendait sa voix nasillarde, on en ressort abasourdi par une prestation qui mérite tous les honneurs. Il parvient, grâce à une présence hypnotique et des attrayantes modulations vocales, à donner chair à un texte lourd de complexités. Messager de la folie et de l’égarement, passant d’un parler monocorde à une diction qui traîne sur les voyelles, d’affirmations à du bafouillage comme enivré, il donne au texte des couleurs vives qui n’enlève rien à la noirceur de ce récit par moments si férocement comique. Bref, il faut absolument voir ce spectacle, constellé de courts instants de grâce.

Anne-Sylvie Sprenger, 2 février 2005

Théâtre de Vidy, Lausanne
De Imre Kertész
Mise en scène: Jean-Quentin Châtelain et Joël Jouanneau
Avec Jean-Quentin Châtelain

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