L’idée était là. Faire résonner le titre de cette pièce d’Henrik Ibsen dans toute la mise en scène. La gestuelle des comédiens s’apparenterait à celle des poupées articulées des années 50, et, comme dans le joyeux monde de Barbie et Ken, les dialogues seront chantés et chorégraphiés. Pourquoi pas. Encore fallait-il trouver une partition digne de ce nom, et s’assurer de ne pas tomber dans le ridicule. On est vite lassé par ce jeu sclérosé par tant de maniérisme.
Certes le décalage entre le musical du début et le drame final respecte la trame de l’œuvre de Ibsen: le vernis qui craquelle, les masquent qui tombent. Nora, épouse et mère heureuse, a un secret qui menace de faire éclater sa bulle familiale. Du jour au lendemain, la terre se dérobe sous les pieds de cette alouette insouciante, car à mi-parcours, le texte d’Henrik Ibsen éclate comme un obus et foudroie ses personnages.
Or, de manière fâcheuse, des scories de cette gestuelle chorégraphiée assaillent même les moments les plus touchants de ce drame domestique. Et c’est sans parler du final qui, d’une dernière touche balourde, trahit la beauté de l’envolée du personnage Nora, véritable figure dramatique de notre siècle et égérie de la libéralisation de la femme. Difficile de juger de la prestation des comédiens dans ces conditions.
Anne-Sylvie Sprenger, 27 novembre 2004
La Comédie, Genève
De Henrik Ibsen
Mise en scène: Anne Bisang
Avec Simon Duprez, Thierry Jorand, Franziska Kahl, Roberto Molo, Barbara Tobola et Ekaterina Tshetshelachvily
Photo: © Carole Parodi