Dans un espace interlope, affichant de flamboyantes rayures sur toute sa profondeur, tantôt dans les bleus-verts, tantôt virant au rose orangé, trois comédiens vont et viennent au rythme de confidences intimes et saugrenues. Les personnages défilent à toute allure, chacun avec son bout d’existence sur le dos. Dans un jeu de corps-à-corps intime entre les textes et les notes du jazz-band qui surplombe la scène, Mélodrame(s) est un de ces spectacles hirsutes qui éclaboussent d’originalité. Sont évoqués en vrac des thèmes aussi divers que l’écriture, la mort, les jeux télévisés, la prostitution, les plaisirs homosexuels ou encore la solitude…. Dominique Lehmann a su choisir des textes au ton personnel et qui restituent la poésie du quotidien avec une simplicité faussement naïve. Avec élégance, les paroles s’enchâssent dans la musique qui ne se fait jamais imposante ou grandiloquente. On se laisse agréablement bercé par ces extraits à la fois cruels et ludiques et par le tournoiement des accessoires au parfum de barbe-à-papa. Evitant à chaque instant l’écueil du kitsch, Mélodrame(s) exhale un vent de folie maîtrisé et stylisé. Un spectacle qui à décidément du chien.
Anne-Sylvie Sprenger, 12 janvier 2005
La Grange de Dorigny, Lausanne
De Dominique Lehmann
D’après R.Queneau, G.Perros, W.Cliff et J.-P.Verheggen
Mise en scène: Simone Audemars
Avec Carine Barbey, Gilbert Divorne, Cédric Dorier
Photo: © Marika B