Le prénom de Laura lui va si bien. De Cyril Collard à Tennessee Williams, Romane Bohringer fait vibrer ses personnages avec force et sensibilité. Avec une voix feutrée, elle incarne Laura, cette héroïne au corps frêle et crispé, à la limite de l’évanescence, qu’une légère imperfection physique handicape. De vieux disques grésillant sur le gramophone et une lumière filtrée donnent le ton d’un univers qui balance entre blues et cinéma muet. La simplicité des décors contraste avec la sophistication des moyens déployés par la mise en scène pour faire entrer le spectateur dans cet univers où les frontières entre la réalité et le rêve s’évanouissent, au son de ces airs connus, comme autant de souvenirs apprivoisés. Par cet onirisme ensorceleur, l’auteur tente une approche intimiste pour toucher au plus profond de la vérité des êtres Les personnages de La ménagerie… apparaissent alors comme nos fantômes intérieurs, qui, l’instant d’une pièce, se libèrent de leurs peurs pour aller danser avec Laura et Jim. Le bonheur, c’est ce moment fugitif. A saisir avant qu’il ne se brise.
Anne-Sylvie Sprenger, Dimanche.ch, 10 juin 2001
Théâtre de Vidy, Lausanne
De Tennessee Williams
Mise en scène: Irina Brook
Avec Serge Avédikian, Romane Bohringer, Samuel Jouy, Josiane Stoleru