En sous-vêtements, papillotes sur la tête, une femme se prépare visiblement à recevoir de la visite. On sonne. L’homme est en avance, ils se parlent d’abord par interphone. Elle ne l’attendait pas si tôt, elle l’imaginait plus grand, il se tient trop voûté à son goût… Sur un air de danse à trois temps «je t’aime–tu m’énerves–je t’aime quand même», cette comédie du Russe Sémione Zlotnikov réunit deux râtés de l’amour, emmurés dans leurs solitudes. Manquant cruellement de finesse, pétris de bouffonneries reloues, ce qui aurait pu être une comédie légère et sensible tombe dans le théâtre boulevard de bas étage. Agaçant davantage, le personnage féminin complètement hystérique et incohérent semble rendre compte d’une misogynie latente chez l’auteur. Le seuil de décibels tolérable est dépassé à plusieurs reprises lors de ces scènes de ménage quasi ubuesques. Malgré ces excès de voix féminine, on appréciera le jeu des comédiens, qui s’investissent pleinement dans leurs personnages et leur donne chair avec force et émotion. Avec son faux air de Jacques Villeret (Le Dîner de Cons), Jean-Marie Daunas apporte une certaine sensibilité à cette comédie pseudo-romantique, mais cela ne suffit pas à nous faire passer un bon moment, tant le texte peine à être digéré.
Anne-Sylvie Sprenger, 23 janvier 2005
Une version de cet article paraîtra dans L’Hebdo, le 27 janvier 2005
Théâtre de Carouge, Carouge
De Sémione Zlotnikov
Mise en scène: Joseph Raichelgauz
Avec Isabelle Bosson et Jean-Marie Daunas
Photo: © Marc Vanappelghem