Belgrade, 1900. Le communisme a perdu ses droits et les anciens dissidents tentent de se faire une place dans une société nouvelle, à l’enseigne du capitalisme. Théodore est de ceux-là, catapulté à une place de directeur d’édition, avec toute l’arrogance du nouveau riche. Et puis le passé le rattrape, telle son ombre. Une visite inopinée : celle d’un ancien policier accompagné d’une valise pleine à craquer. Car voilà dix-huit ans que ce dernier ramasse tout derrière lui: des fragments d’existence qu’il collectionne comme autant de pièces à conviction. Travail minutieux d’un homme dévoué à la cause de ses supérieurs, puis renvoyé, comme on abandonne ces chiens de garde, fidèles serviteurs, quand ils n’aboient même plus...
Un lien les unit désormais. De cet homme dont il a traqué chaque pas, retranscrit scrupuleusement chaque parole, il a aussi sauvé la vie, à quelques reprises. Ange gardien, agent déchu, il vient déposer son fardeau, déballer sous les yeux de Théodore sa propre vie, avec toute l’affection d’un père.
Une émotion pure émane de ce texte, avec la pudeur des sentiments qu’on ne dit pas. Jacques Michel, dans le rôle du policier, bouleverse. Sa voix, ses yeux rougis prennent à la gorge. Figure paternelle sans racine, aimante, indulgente. Une pièce témoin d’une époque et profondément humaine, et dont la mise en scène réfléchit très justement la mise en abyme du récit.
Anne-Sylvie Sprenger, Dimanche.ch, 11 mai 2003
Théâtre de Vidy, Lausanne
De Dusan Kovacevic
Mise en scène: Laurence Calame
Avec Jacques Michel