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Théâtre

 




Providence

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Il fait cru ces jours, au Kléber-Méleau, à Lausanne. L’indécence y a pris ses quartiers, diluée dans le texte de la jeune auteure Marie N’Diaye. Un texte pourtant qui vibre de nécessité. Difficile de vous parler de cette pièce tragique sans en dévoiler le cœur. Je pourrais vous dire qu’il s’agit d’une femme qui rentre au village après des années d’absence. Ou plutôt une sorte de louve, à la beauté impudique, qui répète inlassablement ces mêmes paroles: «Quelqu’un a-t-il vu mon enfant?» Je pourrais vous conter le village en éveil, angoissé. Providence est revenue, on ne l’attendait pas. Providence... Folle vierge malheureuse en quête de son récit, enveloppant le spectateur dans cette amnésie et cherchant à y trouver une voie de secours. Mais je n’aurais encore rien dit.L’indécent, c’est ce pacte tacite du silence qui rôde et voile les drames trop proches. Tout est mystère dans cette pièce rugueuse, à l’image de ce vieux tronc desséché par l’individualisme, seul au milieu de la scène. Alors que les habitants se terrent dans leur mutisme, Providence vient frapper à leur conscience: «Quelqu’un a-t-il vu mon enfant?» Mais que diable s’est-il donc passé?

Providence est une pièce que l’on approche avec la réticence même de ces vérités trop monstrueuses pour être dites. Une pièce dont le cœur bat encore violemment, sous le silence et son aridité apparente. Un bel acte accusatoire.

Anne-Sylvie Sprenger, Dimanche.ch, 24 novembre 2002

Kléber-Méleau, Lausanne
De Marie N’Diaye
Mise en scène: Marc Liebens
Avec entre autres Arianne Dubillard et Barabra Baker

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