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Soltermann, l'humoriste maudit?

Retour en arrière, cet été, au Festival de la Cité, où des extraits de ce spectacle ont déclenché la fureur du public. Décodage.

Epargné par la météo, le plus estival des festivals lausannois n’en a pas moins connu quelque coup de tonnerre. L’orage est venu du public. En effet, le spectacle du Lausannois Philippe Soltermann, diplômé de l’école internationale de théâtre LASSAAD de Bruxelles, a déclenché la fureur de l’assistance. A tel point qu’à mi-spectacle, la moitié des spectateurs se sont retournés, lui tournant le dos en signe de leur exaspération. Interrompu, hué, l’humoriste a plié bagages sous les foudres de la Cité. Mais que s’est-il donc passé?

Photo SoltermannJe m’adapte! met en scène Jean-Robert, un salaud fini. En effet, cet immigré suisse vivant à Paris ne se contente pas d’être machiste, il se révèle également xénophobe, raciste, homophobe et semble même admettre la pédophilie. Les femmes sont des «salopes à baiser» et les petites Thaïlandaises destinées «à sucer le touriste». En rendant son personnage exécrable à l’excès, Philippe Soltermann désirait dénoncer «tous nos petits fachismes». «J’ai envie de mettre quelques grains de sable dans les rouages», nous déclarait-il quelques jours après l’échauffourée. «C’est le politiquement correct qui est dangereux.» Mais pour le public, le spectacle «n’était tout simplement pas drôle, c’était juste une suite d’atrocités sans justification», dénonce Daniel à chaud.

On revient à l’éternelle question à savoir si l’on peut rire de tout. Là les humoristes romands font front commun pour combattre ce que Frédéric Recrosio appelle le «terrorisme du public qui incite à la frilosité certains artistes». Karim Slama concède que «l’on peut tout dire, mais avec la manière. Ca dérape quand on n’arrive pas à installer ce deuxième degré», et Benjamin Cuche de déplorer le choix du lieu: «C’est le genre de spectacle qu’on doit choisir d’aller voir, auquel on n’emmène pas forcément sa belle-mère et ses enfants.»

Photo SoltermannChoisi par le programmateur Marc-Olivier Chapuis sur la base d’un spectacle de 1 h 15, l’extrait choisi n’a pas réussit à créer la distanciation nécessaire. «Il a mal géré son extrait, ajoute Frédéric Recrosio, mais c’est salvateur que le public réagisse, ça veut dire qu’on est vivants.» Soit. La subversion est indissociable de l’art, mais peut-être faut-il s’assurer de maîtriser à la perfection les procédés comiques, ou si tout est question de découpage de bien gérer ses extraits, avant de se lancer dans pareille énumération d’horreurs. Quand on traite de sujets si graves, les maladresses ne pardonnent pas.

Il faut bien l’avouer, cet été, ces extraits nous avaient nous-mêmes choqués. Mais, justement, pour être justes, nous devons-nous demander:

- le spectacle dans sa totalité suscite-t-il moins d’écoeurement?

- Philippe Soltermann arrive-t-il dans la durée à installer ce deuxième degré si nécessaire?

- Son personnage est-il alors compris sur le mode de la dérision la plus totale?

Là est toute la question. Et pour y répondre, il faut réellement donner à cet artiste l’opportunité de présenter son spectacle dans des conditions adéquates. Après seulement, nous pourrons poser un jugement critique sur ses qualités d’humoriste. Alors, rendez-vous au Pulloff.

Anne-Sylvie Sprenger, 4 mars 2005
(texte partiellement repris de L’Hebdo du 15 juillet 2004)

Pulloff, Lausanne
De et avec Philippe Soltermann
Crédit photo: www.philippesoltermann.com

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