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Théâtre

 




To Be or to Be (Le viol de Lucrèce)

***--

Photo © Estelle RullierLa compagnie des Jours Tranquilles a choisi les eaux houleuses du trash pour son dernier spectacle. Envie de choquer pour ramener les foules? Nous n’irons pas jusque-là, même si l’explication a traversé notre esprit plus d’une fois pendant ces 65 minutes oppressantes et repoussantes. Porté de façon entière par des comédiens convaincants, le spectacle fâche cependant pour plusieurs raisons. Petit lexique de mon écoeurement:

Embrouillamini

Fabrice Gorgerat annonçait un spectacle sur le poème de Shakespeare narrant le mythe de Lucrèce. Sextus Tarquin, brûlant de désirs pour la vertueuse Lucrèce, se laisse emporter par ce feu animal et la viole. Outragée, anéantie, Lucrèce décide de mettre fin à ses jours, entraînant ainsi la vengeance des siens et la mort de son agresseur. Fabrice Gorgerat prévoyait d’aller «au-delà d’une narration linéaire», mais ce faisant il en a complètement perdu le fil. Sur scène, pas la moindre trace de l’héroïne romaine, ni aucun motif de ce récit mythologique. Juste trois comédiennes la première est attachée, déshabillée et tiraillée par la culotte, la deuxième rampe sur le sol maculé de sang, tandis que la troisième se roule dans un lit d’épines avec une fougue quasi-démoniaque. Mais que se passe-t-il? Dans un brouillard de violence assourdissant, on peine à suivre les comédiens dans leur virée transgressive. Les «zones marécageuses» des fantasmes seront restées obscures jusqu’à la fin.

Trash attitude

Photo © Estelle RullierLa Compagnie des Jours tranquilles a misé sur la violence des images pour traduire ce récit de manière organique plutôt que sensible. Or le manque de profondeur et de narrativité tend à rendre ces images tout simplement écoeurantes de gratuité. Certes il faut traiter du viol avec violence, et loin de moi l’idée de vouloir un théâtre sucré et hypocrite. Mais ici le viol a des allures de cérémonies sado-masochistes et de bacchanale perverse. Le sang, les épines. la culotte qui s’enfonce dans la chair, les mandarines écrasées cherchent en vain leur justification.

Superficialité

On en prend grossièrement «plein la gueule», mais on ressort vides, comme transparents d’indifférence. La pièce n’aura soulevé aucune question par rapport à la violence des corps, tant tout réalisme s’est dilué dans ces liquides déversés sur le sol. Mais le plus repoussant, c’est ce sentiment d’amusement sur les visages des comédiennes. Après les cris ou les pleurs, de jolis sourires coquins s’affichent. Comme s’il s’agissait d’un jeu.
Un jeu blasphématoire.

Anne-Sylvie Sprenger, 22 janvier 2005

Théâtre de l’Arsenic, Lausanne
Conception: Fabrice Gorgerat
Avec Ludovic Barth, Stéphane Blok, Mathylde Demarez, Anne Maud Meyer, Karin Vyncke
Photos : © Estelle Rullier

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