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Portrait: Claudine Berthet

Des sourires à l’imparfait et des angoisses au subjonctif
Sa dernière pièce sera mise en lecture le samedi 29 janvier, au Théâtre de Vidy, à 11h

Photo © comedien.ch«Bonjour, bonjour », nous accueille-t-elle avec fraîcheur et dynamisme. D’un clignement d’yeux, le regard d’un bleu malicieux, entouré d’une futaie de cils peints au noir d’ébène, nous ensorcelle. Claudine Berthet est une comédienne enjôleuse, qui compose de délicieux sourires pour mieux s’y cacher. Mais aujourd’hui, avec l’écriture théâtrale, elle ose un pas sur le côté et dévoile un peu de sa nature. Dans Petits Gouffres (Prix SSA 2003), elle affronte ses zones d’ombres avec une sincérité renversante. Une pièce au pessimisme redoutable, où est décortiquée et mise à nu la petitesse de l’âme humaine. Aucun personnage n’y échappe et toute possibilité de salut est balayée d’un revers de plume sanglant.

«Je suis contente que l’on découvre aussi cette partie de moi, parce qu’on est toujours derrière des masques, victimes un peu soi-même de l’image qu’on donne. Je me sens beaucoup plus en accord avec moi-même maintenant.» Et de continuer: «Je crois qu’on a tous des zones d’ombres. Je suis quelqu’un d’extrêmement angoissé, et plein de doutes, mais comme personne ne le sait, je continue de faire de grands sourires au monde et je me cache derrière ce côté convivial et sympa», nous confie-t-elle, le cœur sur la main. Et ajoute, s’amusant de l’effroi que ses textes ont provoqué chez quelques connaissances: «C’est là que je peux mesurer le genre de relation que j’ai avec les êtres. Ceux qui me connaissent intimement ne sont pas du tout surpris.»

«Mais je ne cherche pas à choquer, tient-elle à préciser. J’avais besoin d’assumer ces zones d’ombres. Plus j’écris et plus je me rends compte que cette violence fait partie de moi. Et la sortir dans l’écriture, c’est bien mieux pour les conducteurs de bus ou le gendarme au coin de la rue...» Une fonction thérapeutique pleinement assumée par la comédienne qui réfute tout simplement, en ce qui la concerne, toute notion de mission. «Pour l’instant, j’en suis tout simplement à l’expression de moi-même à travers l’écriture.»

Une thérapie qui n’allait pourtant pas de soi, tant l’écriture l’avait toujours inquiétée. «Le désir était là, mais j’avais des petits blocages par rapport à mon père qui écrivait (Marius Berthet, qui écrivait des revues pour le Casino Théâtre, ndlr.) et j’avais vu à quel point l’écriture c’était difficile, à quel point ça pouvait être angoissant. J’avais toujours eu un peu peur de me lancer avec mes mots à moi.»

Alors elle préfère le jeu. Elle apprend le métier de comédienne au Théâtre de Carouge, puis au sein de la troupe du Théâtre de Vidy. Elle prête son minois malicieux au cinéma, au moment du boom du cinéma suisse avec Alain Tanner et Michel Soutter, et son talent à la radio, où elle produit et adapte plusieurs textes. En 2000 elle ouvre son école de théâtre, Arthéal, destinée aux comédiens amateurs et où elle enseigne l’interprétation. C’est que d’un tempérament angoissé, la comédienne n’aime pas l’inaction. Alors à ses heures perdues, elle malaxe la glaise et enfante «des petites sculptures un peu coquines».
«Tombée dans l’écriture un peu par défi», Claudine Berthet y poursuit sa quête identitaire à tâtons. «Pour moi, l’écriture est un artisanat. J’aime bien m’amuser à repérer des rythmes et des musicalités différentes», explique-t-elle. Et puis c’est déjà l’heure de la quitter, et de la laisser pétrir la matière de ses pièces, les rires et les fantômes de ses personnages dont elle trace, d’une plume effrontée, les destinées écorchées.

Anne-Sylvie Sprenger, 22 janvier 2005
Une version de cet article paraîtra dans L’Hebdo, le 27 janvier 2005

TEXTES→en→SCENES

L’aventure commence début janvier 2004, lorsque 4 auteurs romands sont choisis pour participer aux résidences d’auteur sous le regard aguerri et sensible du dramaturge Jean-Marie Piemme. A l’origine de l’initiative, on retrouve comme acteurs Pro Helvetia, le Pour-Cent culturel Migros, la Société suisse des auteurs, ainsi que 7 théâtres romands. Le samedi 29 janvier, au Théâtre de Vidy, Claudine Berthet, Sandra Korol, Camille Rebetez et Nicolas Couchepin présenteront leurs pièces, mises en lecture avec des comédiens professionnels, tels que Fabienne Guelpa, André Steiger, Michel Barras et bien d’autres encore. Une belle occasion de saisir de la vitalité de l’écriture théâtrale d’aujourd’hui.

Renseignements Théâtre de Vidy ou Société suisse des auteurs
Photo: © Comedien.ch

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